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L’Irlande divisée : histoire d’un conflit politique et religieux

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L’histoire de l’Irlande est profondément marquée par plusieurs siècles de tensions avec l’Angleterre puis le Royaume-Uni. Entre conquêtes, colonisation, oppositions religieuses et revendications politiques, les relations entre les deux îles ont donné naissance à de nombreux conflits. À partir du XXᵉ siècle, la question de l’indépendance irlandaise puis celle du statut de l’Irlande du Nord deviennent centrales. Malgré les accords de paix signés à la fin du XXᵉ siècle, les divisions héritées de cette histoire continuent encore aujourd’hui d’influencer la vie politique et les débats autour d’une éventuelle réunification de l’Irlande.

L’établissement d’un ressentiment durable en Irlande (XIIᵉ – XIXᵉ siècle)

Carte de l'Irlande, Irlande du Nord et région d'Ulster
Irlande du Nord (hachuré blanc), une partie de la région d’Ulster (rouge).

En 1171, Henri II d’Angleterre débarque en Irlande et justifie son intervention par la volonté de christianiser un territoire alors divisé en plusieurs royaumes celtiques. Cette présence anglaise marque le début d’une domination durable sur l’île.

Au XVIᵉ siècle, la Réforme protestante lancée en Angleterre rencontre une forte résistance en Irlande, majoritairement catholique. Au XVIIᵉ siècle, la monarchie anglaise mène des politiques coloniales plus agressives avec notamment celle des « Plantations ». Des terres sont confisquées aux Irlandais catholiques au profit de colons protestants anglais et écossais, particulièrement en Ulster. Cette période est également marquée par les Guerres des Trois Royaumes (1639-1651) et les campagnes militaires d’Oliver Cromwell en 1649, connues pour leur extrême violence envers les populations catholiques. Au XVIIIᵉ siècle, les « Penal Laws » discriminent les catholiques et les protestants non anglicans, renforçant leur marginalisation politique et économique.

Finalement, l’Acte d’Union de 1801 intègre officiellement l’Irlande au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, entraînant l’abolition du Parlement irlandais. Quelques décennies plus tard, la Grande Famine de 1845 à 1852 est une catastrophe humaine majeure, accentuant la pauvreté, et l’émigration. L’aide jugée insuffisante, le maintien des exportations alimentaires, entre autres, renforcent le ressentiment envers le pouvoir britannique.

La naissance du nationalisme irlandais et la partition de l’île (début du XXᵉ siècle – 1949)

Après plusieurs soulèvements au cours des siècles précédents, le début du XXᵉ siècle voit se développer différents mouvements nationalistes irlandais. C. S. Parnell défend le projet de « Home Rule », visant à obtenir une autonomie irlandaise au sein du Royaume-Uni. La majorité des Irlandais soutiennent ce projet. Les unionistes protestants d’Ulster, attachés au Royaume-Uni, permettent le report du vote puis son abandon avec la Première guerre mondiale.

Parallèlement, le Sinn Féin, fondé en 1905 par Arthur Griffith, revendique l’indépendance totale de l’Irlande. En 1916, les Révoltes de Pâques à Dublin sont sévèrement réprimées par les forces anglaises : plusieurs dirigeants sont exécutés et d’autres emprisonnés avant d’être amnistiés en 1917.

Lors des élections de 1918, le Sinn Féin obtient la majorité des sièges irlandais. Ses élus refusent de siéger au Parlement britannique et créent un Parlement irlandais indépendant. Les Volontaires irlandais deviennent alors l’Armée républicaine irlandaise (IRA).

La guerre d’indépendance irlandaise éclate entre 1919 et 1921. Face aux actions de l’IRA, les autorités britanniques déploient les « Black and Tans », unités connues pour leur brutalité. En 1920, le Government of Ireland Act prévoit la partition de l’île et la création d’un parlement. Par la suite, le traité anglo-irlandais de décembre 1921 crée l’État libre d’Irlande, membre du Commonwealth britannique. De son côté, L’Irlande du Nord exerce alors son droit de retrait et reste au sein du Royaume-Uni. Cependant, ce compromis divise profondément les nationalistes irlandais entre partisans et opposants du traité, provoquant la guerre civile irlandaise de 1922 à 1923.

Après une période de relations relativement conciliantes avec le Royaume-Uni, les tensions économiques réapparaissent avec la Grande Dépression et perdurent jusqu’en 1938. Restée neutre durant la Seconde Guerre mondiale, l’Éire – née en 1937 grâce à la nouvelle constitution – devient officiellement une république en 1948 avec le Republic of Ireland Act et quitte le Commonwealth.

Des « Troubles » aux débats actuels sur la réunification de l’Irlande (1960 à nos jours)

À la fin des années 1960, les catholiques d’Irlande du Nord organisent des manifestations pacifiques pour dénoncer les discriminations religieuses et politiques dont ils sont victimes. En effet, la majorité protestante du Nord relègue les républicains et nationalistes irlandais catholiques au statut de citoyen de seconde zone. Ils multiplient ainsi les discriminations économiques, sociales et politiques depuis la scission du territoire. En août 1969, le déploiement de l’armée britannique marque le début d’un conflit de trente ans appelé « The Troubles ».

Le 30 janvier 1972, lors du « Bloody Sunday » à Derry, des soldats britanniques tuent quatorze manifestants catholiques alors qu’ils protestaient contre une loi autorisant les arrestations arbitraires. En conséquence, on assiste à l’intensification du conflit et à la multiplication des attentats terroristes menés aussi bien par des groupes républicains que loyalistes.

En 1984, la Première ministre britannique Margaret Thatcher, fermement opposée aux négociations, échappe à l’attentat de Brighton revendiqué par l’IRA.

Après plusieurs années de négociations, l’Accord du Vendredi saint est signé le 10 avril 1998. Il prévoit notamment :

  • le désarmement des groupes paramilitaires ;
  • l’auto-administration de l’Irlande du Nord ;
  • la reconnaissance du droit pour les habitants d’Irlande du Nord de se définir comme Irlandais, Britanniques ou les deux ;
  • l’abandon de la revendication territoriale de la République d’Irlande sur l’Irlande du Nord.

Conclusion

Le Brexit a toutefois ravivé les tensions autour de la frontière entre les deux Irlande. La mise en place du protocole nord-irlandais a permis d’éviter le retour d’une frontière physique stricte. Il a également aidé à renforcer les relations économiques entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord.

En 2022, pour la première fois, le Sinn Féin est arrivé en tête des élections législatives nord-irlandaises. Cet événement marquant relance les débats autour d’une éventuelle réunification de l’île.

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Agathe Mallégol

est étudiante en première année de Master relations internationales, parcours cultures stratégiques à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO). Spécialisée dans les études russes.

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